Union européenne et Médias

Yassine Chattout, Mathieu Rouy, Marie Tillmann
Doctorants en droit européen
Equipe de droit international, européen et comparé – EDIEC

Université Jean Moulin Lyon 3

Dès 2000, Nicolas Moussis posait la question de savoir si l’Union européenne (UE) n’était pas confrontée à un déficit d’information plutôt qu’à un déficit démocratique (v. Nicolas Moussis, « La construction européenne et le citoyen : déficit démocratique ou déficit d’information ? », Revue du Marché commun de l’Union européenne (RMCUE), 2000, p. 153). Si l’Union européenne est souvent critiquée pour son manque de démocratie, force est de constater que les élections européennes, seul grand évènement démocratique de la vie institutionnelle européenne, sont marquées par une faible participation. En effet, lors des élections européennes de 2014, le taux de participation s’élevait à 42,61% (taux en constante baisse depuis 1979 et les premières élections réalisées au suffrage universel direct ; v. site du Parlement européen : http://www.europarl.europa.eu/elections2014-results/fr/turnout.html). Ainsi, « d’année en année, de mandature en mandature, les élections européennes mobilisent peu. La politisation recherchée des débats n’a pas atteint ses objectifs » (v. Florence Chaltiel, « À un an des élections européennes », Rev. UE, 2018, p. 38).La faiblesse de la participation aux élections européennes est révélatrice d’un certain désintérêt et d’une méconnaissance du fonctionnement de l’Union européenne. Ceux-ci trouvent leur racine, très certainement, dans une relative instrumentalisation de l’Union européenne par les gouvernements nationaux, mais aussi dans le fait que les affaires européennes sont très peu présentes dans les médias nationaux (v. Nicolas Moussis). En effet, rares sont les émissions consacrées à l’Union européenne sur les chaines de radio ou de télévision en France. Au contraire, l’actualité européenne n’est très souvent que peu ou mal exploitée par les médias nationaux. Si les réalisations de l’Union européenne sont si peu évoquées par les médias nationaux, c’est « probablement parce qu’elles sont trop techniques, trop détaillées et parfois trop compliquées pour être comprises par le grand public et parfois par les journalistes eux-mêmes » (v. Nicolas Moussis, « L’apathie des citoyens européens : diagnostic et thérapeutique », RMCUE, 2009, p. 522). Il n’existe, par ailleurs, pas de réel média européen. Si Euronews est certes une chaîne pan-européenne et multilingue, son audience reste relativement basse et son accès peu aisé.

La faible présence de l’Union dans les médias est finalement la cause du désintérêt du citoyen pour les affaires européennes mais également son effet. Si les médias n’en parlent pas, les citoyens ne peuvent s’y intéresser, mais comme les citoyens ne s’y intéressent pas, les médias ne sont pas encouragés à en parler. Or cette situation est problématique à deux titres. D’une part, cette méconnaissance de l’Union européenne est une menace pour l’intégration européenne. D’autre part, que l’on soit favorable ou non à la construction européenne, du fait de l’importance des affaires européennes dans notre vie quotidienne, l’information des citoyens est un véritable enjeu démocratique.

 Face à cette visibilité précaire de l’Union dans les médias, les institutions de l’Union sont tentées de communiquer par elles-mêmes. Ainsi, Florence Chaltiel propose qu’« à l’heure du numérique omniprésent, la confection de petites vidéos présentant les travaux du Parlement, ses discussions sur des textes régissant la vie quotidienne des citoyens européens, pourrait donner une visibilité renforcée » (v. Florence Chaltiel, « À un an des élections européennes », Rev. UE 2018. p. 389). Une tentative du Parlement européen a été réalisée sans réel succès (v. par exemple https://www.youtube.com/watch?v=-3LGFgXC_fI)

Par ailleurs, à côté de cette faible visibilité, soulignée et critiquée à de nombreuses reprises, l’Union européenne se retrouve confrontée à un manque de réceptivité du public et à une confusion générale tant à travers la réception de ses messages que dans la manière de les retransmettre. Cela est accentué par la perception de l’Union européenne par les médias des pays membres qui, comme souligné plus haut, diverge. L’exemple du Royaume-Uni est probant notamment au travers de sa presse écrite. Depuis son entrée dans la Communauté économique européenne, en 1973, de nombreux grands titres nationaux anti-européens sont parus, accentués avec la période précédant le Brexit (v. la une du Daily Mail du 22 juin 2016 : « If you believe in Britain vote Leave », ainsi que la une du Sun du 14 juin 2016 : « BeLEAVE in Britain » …). Face à ces campagnes qualifiables de publicité et non d’information, les médias pro-européens nationaux sont restés relativement stoïques (v. https://www.theguardian.com/media/2016/jun/24/mail-sun-uk-brexit-newspapers ).

Une distinction doit dès lors être opérée entre les concepts d’information, de communication et de publicité, souvent amalgamés dans la vie courante. Pour ce qui est de l’information, elle se définit comme « le renseignement possédé et l’action de le communiquer à autrui » (v. Gérard Cornu, Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, 11ème édition Quadrige, Paris, janvier 2016, p. 547).  Une communication est le « fait de porter un évènement ou un élément d’information à la connaissance d’une personne déterminée » (v. Gérard Cornu, Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, 11ème édition Quadrige, Paris, janvier 2016, p. 209). Une publicité est, quant à elle, « toute communication quelle qu’en soit la forme destinée à promouvoir la fourniture de biens et de services » (v. Gérard Cornu, Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, 11ème édition Quadrige, Paris, janvier 2016, p. 832). Une communication est donc un ensemble d’information destiné à une personne donnée, tandis qu’une publicité est composée exclusivement d’informations destinées à la promotion d’un produit ou d’un service. Une citation peut résumer cette distinction : « L’information est libre, la publicité est contrôlée » (v. Bertrand Liard, « La frontière entre information et publicité », Information et produits de santé, quelles perspectives?, sous la direction de Anne Laude et Didier Tabuteau, Collection Droit et Santé, PUF, 2006, p. 49.). L’Union européenne ne doit donc pas faire sa promotion mais une campagne d’information ou encore de communication pour éviter de rencontrer de trop nombreuses critiques. 

A la lumière de ces précisions, il convient de s’interroger sur la question des moyens mobilisables afin de remédier au déficit d’image dont souffre l’Union européenne. Lors de la consultation citoyenne du 26 octobre 2018 (L’Europe vue de l’amphi), il a été émis l’idée de tourner des vidéos informatives, qui seraient diffusées sur les antennes télévisées, à la radio et sur les réseaux sociaux. Néanmoins, la portée de ces campagnes de communication risque d’être amoindrie du fait même de l’auteur dont elles émanent. Le fait pour l’Union de réaliser seule sa propre communication risque d’être contre-productif. Cette initiative pâtirait en amont des critiques faites à l’Union sur sa manière de communiquer. Autrement dit, quelle crédibilité accorder à cette démarche, quand c’est justement l’image de l’Union qui est écornée ? Cela pose un problème de neutralité de la démarche, et nous amène au constat que l’Union européenne ne peut pas parvenir seule à remédier à son déficit d’image.

Au-delà du discours de l’Union européenne, c’est peut-être avant tout le discours sur l’Union européenne qui doit évoluer. Or celui est principalement le fait des diffuseurs d’information au sein des différents Etats membres. Paradoxalement, l’Union se trouve dans la situation où son image dépend plus des acteurs nationaux, que d’elle-même. Le problème n’est pas que l’on ne parle pas de l’Union européenne, mais qu’on n’en parle pas de la meilleure des manières. Ce constat est facilement vérifiable. Dans le contexte actuel marqué par le Brexit ou la montée des nationalismes (v. Hongrie, Pologne, Italie …), l’Union se retrouve au cœur d’une spirale médiatique négative (v. Charlotte Galpin and Hans-Joerg Trenz, The Spiral of Euroscepticism: Media Negativity, Framing and Opposition to the EU, University of Copenhagen), dont la cause en est aussi la conséquence. En effet, les partis extrêmes poussent à mettre l’euroscepticisme à l’agenda médiatique. La présence de ce débat dans les médias sert ensuite à alimenter les discours eurosceptiques, qui simplifient au maximum les réels enjeux de l’Union. Une nécessité de briser ce cercle vicieux se profile alors.

Pour ce faire, il est impératif de réussir à recadrer le débat, trop pollué par les idées reçues, les articles capitalisant sur les peurs des citoyens, ne présentant pas les choses dans leur ensemble. Ces « fausses informations » ou « euromythes » contribuent injustement à la négativité dont souffre l’Union européenne, et deviennent rapidement virales par le biais des médias sociaux (v. interdiction des corgies). L’Union européenne tente d’ailleurs de lutter contre les fake news ainsi que la désinformation (v. Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au comité économique et social européen et au comité des régions, « Lutter contre la désinformation en ligne : une approche européenne », Bruxelles, 26 avr. 2018, COM (2018) 236 final) ou encore la propagande en dehors de ses frontières terrestres (v. East StratCom Task Force), termes connexes mais non synonymes, tant pour le bien-être de ses citoyens que pour la survie d’une perception positive ou, tout du moins, d’une perception sur les scènes nationales.

Ainsi, le rôle des journalistes est primordial et déterminant. Il convient alors de remettre en question l’approche des questions européennes dans médias nationaux. Sur cela, les institutions européennes peuvent avoir un impact. Peut-être devraient-elles tenter de faciliter le travail des journalistes, qui rendent compte de l’état de l’Union européenne. C’est ce que propose notamment la commission Culture et Education du Parlement européen (v. le rapport de 2014, intitulé Communicating ‘Europe’ to its citizens : state of affairs and prospects). Ainsi, plutôt que de vouloir s’adresser directement aux citoyens européens, l’Union européenne devrait sans doute faire progresser l’accès à son information auprès des médias nationaux, pour rééquilibrer le débat à son sujet.

décembre 2018






	

Empêcher la désillusion

Empêcher la désillusion

Estelle Brogniart
Etudiante en Master Droit des Affaires et Fiscalité – Formation continue

Institut de droit et d’économie des affaires – Université Jean Moulin Lyon 3


Je me considère comme issue de la génération Erasmus, l’€ était un bébé pendant mon adolescence, j’ai fait des voyages scolaires (ou non scolaires) chez plusieurs de nos voisins européens avec toujours cette idée d’union, de communion. Peut-être comme un sentiment de pouvoir partager un idéal commun qui puisse tous nous rapprocher.

20 ans ont passé, et j’expliquais à mes enfants le weekend dernier pourquoi nous avons tous ces drapeaux sur le fronton de la mairie de Grenoble.Ils viendront voter avec nous pour les prochaines élections.

Mais c’est la citation suivante d’Albert Camus qui me vient à l’esprit :
 “Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.”

Et je m’interroge, comment faire pour que l’Europe ne se défasse pas? Comment revenir à cet idéal de ma jeunesse? Tout cela sur fond de Brexit. Comment faire primer l’intérêt collectif de plusieurs nations sur l’intérêt individuel des Etats ? Je n’ai pas de solution, simplement essayer de transmettre à nos enfants les valeurs auxquelles nous croyons et continuer à agir comme nous le pouvons en tant que citoyen.

avril 2019

L’image négative de l’Europe dans la presse

 

L’image négative de l’Europe dans la presse
Emma Pellissard, Alice Tongio et Nicolas Hugonin
Etudiants du Master 2 Droit des affaires et fiscalités-DJCE
Institut de droit et d’économie des affaires – Université Jean Moulin Lyon 3

Le constat

Selon une étude réalisée par Les jeunes européens entre le 17 et le 23 octobre 2018, seulement 3% de la surface de la presse française (soit 102 m2/semaine) est dédié à l’Europe : espace plus que restreint pour décrypter l’actualité européenne pourtant très dense à ce moment-là (Brexit, budget italien, réaction des Etats européens à l’affaire Kagoshi, etc.) (source : http://www.jeunes-europeens.org).
D’autant que les articles sont pour la plupart, succincts : ainsi sur 92 articles référencés,  15 sont des brèves et 36 des articles courts.
Par ailleurs, les articles sont, en grande majorité, rédigés de façon orientée : volonté de faire réagir, de polémiquer plus que d’informer. Par exemple, le journal Le Figaro titrait le 18 octobre 2018 : « Brexit : encore un sommet pour rien ? ».

Les médias d’information contribuent ainsi, en partie, à la spirale de l’euroscepticisme notamment par le manque d’articles et les informations négatives concernant l’Union européenne (UE).

Les sujets les plus évoqués par la presse sont : la sur-réglementation européenne, l’échec de la construction européenne, la volonté de plusieurs Etats membres de sortir de l’UE, la montée du populisme, la crise migratoire. L’UE est souvent dépeinte comme la cause des problèmes, rarement comme la solution possible à ces problèmes.

A la décharge des médias, cette « mauvaise » information est largement due au désintérêt des citoyens pour les problématiques européennes : il y a un travail en amont à faire sur l’attrait de l’Europe et sur la conscience européenne.

Nos propositions

– Conseiller aux journaux et sites internet de créer une rubrique « Europe » au même titre que la rubrique « Sport », « International », « Faits divers », Culture », etc.

– Passer de très courtes publicités à la télévision ou à la radio ayant pour but de donner une information précise sur l’UE ou de contrer un préjugé. Par exemple, spot publicitaire à la radio d’une dizaine de secondes : « Une UE trop bureaucrate ? Préjugé ! L’UE compte en ses institutions bien moins de fonctionnaires que la seule région Île de France ! ».
Nous pensons que de simples informations comme celle-ci peuvent changer les mentalités.
– Création d’une rubrique : « La minute européenne » dans les journaux télévisés avec le même objectif d’informations ludiques, instructives et objectives destinées à mieux appréhender le fonctionnement de l’UE et son utilité.
– Rendre l’actualité européenne plus accessible : un site internet pourrait regrouper toutes les actualités des différentes institutions de l’UE de telle sorte que les médias européens et les citoyens auraient accès de manière simplifiée à l’information.
– Création d’une chaîne européenne disponible en plusieurs langues regroupant l’actualité européenne, les initiatives citoyennes, les projets européens, des rencontres entre citoyens, etc.

novembre 2018

 

L’Europe en questions

L’Europe en questions

Bibiana Burlion
Etudiante en Master Droit des Affaires et Fiscalité – Formation continue

Institut de droit et d’économie des affaires – Université Jean Moulin Lyon 3

 Les élections européennes approchent et le bilan est plus que mitigé.

L’Europe est en crise. La souveraineté de l’Europe est mise à mal. Quels leviers pour la rétablir ?

L’Europe portait des ambitions fortes et communes. Aujourd’hui, nous faisons face à des divisions / divergences de plus en plus profondes (économiques ; migratoires…).

L’intérêt européen ne prévaut plus, c’est l’intérêt national de chaque Etat membre qui semble être mis en avant.

Ne prendre de cette Europe que ce qui peut servir chaque Etat membre, on pense individuel alors qu’il faut penser collectif !

Mais l’intégration d’autant de pays avec des cultures différentes en peu de temps n’a-t-elle pas fragilisé l’Union européenne ?

Comment recréer la confiance, la cohésion ? Une reprise en main par le noyau des pays fondateurs ? Et un retour aux fondamentaux ? 

 

Mars 2019

Vivre l’Europe pour comprendre l’Europe

 

Vivre l’Europe pour comprendre l’Europe

Léo Bouchet
Etudiant en M1 Droit des affaires et fiscalité-Prépa DJCE
Institut de droit et d’économie des affaires – Université Jean Moulin Lyon 3

 Partant du fâcheux constat selon lequel l’Union européenne est trop peu ou mal connue de ses citoyens ; que cette méconnaissance est liée, du moins en partie, à une difficulté d’appréhension de la construction européenne de manière globale ou systémique ; que cette méconnaissance résulte majoritairement d’un manque d’interactions entre les citoyens européens d’une part, et les différents États et institutions qui composent l’Union européenne d’autre part ;

Nous proposons quelques initiatives, qui, sans être particulièrement audacieuses, ont le mérite d’être simples et réalisables ; car nous sommes persuadés que le renouveau de l’Union européenne passera nécessairement par une implication accrue de ses citoyens au processus européen, unis par la volonté de construire un avenir commun meilleur, ouvert et solidaire.

Persuadés que l’ouverture et l’indépendance d’esprit se forgent dès le plus jeune âge de l’enfant, nous proposons l’instauration d’un échange linguistique et culturel dans un autre pays de l’Union Européenne de manière systématique au cours du cycle scolaire primaire.

 Persuadés que la meilleure façon d’intéresser les citoyens à l’Union européenne passe par la possibilité de permettre à tout citoyen de façonner l’Europe qu’il souhaite voir grandir, nous proposons la création (ou le développement) de stages civiques européens ou de missions européennes.

 Persuadés que la culture européenne se forme par une immersion dans les différents pays qui composent l’Union européenne, nous proposons de valoriser les années d’études à l’étranger, notamment dans le cadre de programmes ERASMUS, en intégrant systématiquement dans les programmes universitaires une année dans un Etat membre de l’Union européenne.

Pour faciliter cette mobilité, nous recommandons une augmentation des bourses pour voyager en Europe.

 Persuadés que la découverte culturelle de l’Union européenne ne peut se détacher d’une découverte culinaire des spécialités européennes, nous proposons de multiplier les initiatives dans les cantines pour permettre à nos étudiants de goûter régulièrement des plats traditionnels de chacun des États membres.

 Persuadés que la musique, le sport, et la culture doivent nécessairement accompagner le renouveau de l’Union européenne, nous proposons de multiplier les initiatives européennes inter-étatiques, comme des rencontres sportives européennes et concerts avec des orchestres européens, notamment impulsées par des subventions européennes et appels à projets.

 Persuadés que les institutions européennes doivent être ouvertes aux citoyens qu’elles représentent, nous recommandons de favoriser les rencontres entre les députés européens et les établissements scolaires, ainsi que de multiplier les visites scolaires dans les différents lieux décisionnels européens.

 Si l’Union européenne berce aujourd’hui sous une brume opaque et grisante par certains aspects, réunissons-nous pour en faire une Europe nouvelle ouverte, dynamique et porteuse de projets.

Pour une prise de décision européenne transparente et éclairée

Pour une prise de décision européenne transparente et éclairée
Clémence Heiter
Etudiante en M1 Droit des affaires et fiscalité-Prépa DJCE
Institut de droit et d’économie des affaires – Université Jean Moulin Lyon 3

Dans le cadre de son processus décisionnel, la Commission européenne, écoute et met en balance les intérêts et avis en présence. Pour une prise de décision plus transparente, elle doit renforcer les obligations de transparence à l’égard de toute intervention dans le débat public tout en démocratisant les procédés de démocratie directe pour sonder l’avis citoyen.

A cet égard, la proposition visant à rendre obligatoire l’inscription des lobbies sur un registre pour accéder aux représentants du Parlement, de la Commission ou du Conseil doit être adoptée car elle va dans le bon sens en conciliant contradictoire et transparence.

Par ailleurs, les sources des documents sur lesquels la Commission se base pour rendre des avis doivent être rendues publiques et mentionnées en amont de la décision. De la sorte, d’autres experts pourront plus facilement les contredire. Le débat public sera d’autant plus riche qu’une multitude d’acteurs auront l’opportunité de s’exprimer. 

Enfin, l’encadrement du pouvoir d’influence des lobbies n’a de sens que s’il s’accompagne de mesures incitatives envers la participation directe des citoyens. En ce sens, l’initiative européenne citoyenne doit à la fois assouplir ses conditions de seuils de signature et lier la Commission quant à la proposition retenue, à charge pour le Parlement européen de s’y opposer dans un vote majoritaire.

 Février 2019

 

 

 

 

Le sentiment d’appartenance à l’Union européenne

Le sentiment d’appartenance à l’Union européenne

Mélina ALAMELAMA, Maëva N’ZOGHO et Carla SORO
Etudiantes en Master Droit bancaire et financier
Institut de droit et d’économie des affaires – Université Jean Moulin Lyon 3

Montesquieu définissait l’Europe comme une « nation composée de plusieurs » (in Réflexions sur la monarchie universelle en Europe).

Cela fait référence aux différents Etats membres l’Union européenne. Ces Etats ont une histoire, une culture ou encore des valeurs qui leur sont propres.  Cependant, ils ont également une histoire commune, qu’elle implique une volonté d’harmonisation, de solidarité ou bien des périodes de discordes comme notre passé le démontre.

Il est possible de parler d’un socle de valeurs européennes qui pour certaines sont précisées par les traités. Parmi ces valeurs, liberté, démocratie, égalité, tolérance et solidarité peuvent être citées. L’Union européenne constitue alors une identité et une culture commune.
Néanmoins, le sentiment d’appartenance des citoyens à l’Union européenne ne peut seulement résulter de l’existence d’une identité économique commune à travers, notamment, une monnaie unique et des institutions communes.

Il apparaît, au vu de plusieurs études, que le sentiment d’appartenance n’est pas homogène aussi bien sur le plan géographique que générationnel.  Il en ressort d’une part que dans certains pays, comme c’est le cas en France, les citoyens ont tendance à privilégier leur nationalité propre face à leur identité européenne ; et d’autre part, qu’il est beaucoup plus aisé et naturel pour la nouvelle génération de s’intégrer dans une logique européenne notamment grâce à des droits comme la liberté de circulation, de séjourner, de travailler et d’étudier sur le territoire d’un Etat membre de l’Union européenne.

Il faut noter que des mesures ont d’ores et déjà été adoptées dans un sens favorable au renforcement de ce sentiment d’appartenance. Il s’agit alors de poursuivre dans cette lancée et ainsi de le consolider par plus de transparence, de communication et de pédagogie.

Trois types d’acteurs paraissent avoir une importance particulière dans ce cadre : les responsables politiques, les médias et le monde éducatif. En effet, l’identité européenne existe mais elle n’est pas assez diffusée et mise en valeur.

Il est essentiel de communiquer sur les points positifs de l’Europe.

Enfin, certains symboles phares ne sont pas suffisamment partagés tels que l’hymne européen, la journée de l’Europe et la devise de l’Union européenne « Unis dans la diversité ». Or ces symboles contribueraient à créer un sentiment d’appartenance européen. 

Selon nous, l’émergence d’une véritable identité européenne se construira progressivement. Il faudra faire preuve de patience et de persévérance mais les jeunes devraient en être le moteur.

Que connaissons-nous vraiment de l’Europe?

 

Que connaissons-nous vraiment de l’Europe ?
Julie BAUD, Elisa RIBON, Clémence VAYSSIERE
Etudiantes en Master 2 Droit Bancaire et Financier.
Institut de Droit et d’Economie des Affaires – Université Jean Moulin Lyon 3

 

« Pourquoi l’Europe est-elle si économiquement nécessaire
et si profondément ennuyeuse
? » – Valérie Accary

A la question qui nous a été posée de savoir «que pensez-vous de l’Europe»?, nous avons été tentées de répondre que les seuls souvenirs qu’elle nous inspire sont les cours d’institutions européennes de licence où nous décrochions au bout d’une heure faute d’intérêt et faute de compréhension. Continuation des cours de collège et de lycée qui n’étaient déjà pas passionnants….

 Mais la véritable question à se poser n’est pas de savoir que pensons-nous de l’Europe, mais que connaissons-nous de l’Europe ? Pour se forger un avis à propos de l’Europe, pouvoir la penser ou encore l’aimer, encore faudrait-il pouvoir la connaître…

 Qui d’entre nous est capable de citer la capitale de l’Estonie ? Qui peut nous dire quelles sont les coutumes de la Hongrie ? Et les spécialités culinaires danoises ? Qui pourrait placer sur une carte les pays de la zone Euro et on ne vous demande même pas les pays de l’Union européenne !

Nous résumons rapidement l’Europe à nos pays frontaliers, et nous oublions totalement nos voisins moins proches…

Nous nous concentrons sur la composition et le fonctionnement de ses institutions qui nous paraissent lointaines, nous la subissons sous cet aspect alors que nous pourrions la vivre en tant que communauté dont nous faisons partie, citoyenneté européenne oblige.

Nous avons réfléchi à ce qui nous a manqué dans l’enseignement français de l’Europe. On a commencé à nous en parler lorsque nous avons chacune, intégré une classe européenne : allemand, anglais, italien, c’était au collège et au lycée.

Ces classes européennes nous ont permis de nous rendre chez nos voisins européens, d’intégrer leurs établissements scolaires, partager leur rythme, et activités et ainsi en apprendre plus sur leur culture. Mais ce n’est pas le parcours que tout le monde emprunte. Par conséquent, certains n’entendront parler de l’Europe qu’à partir du lycée au programme d’histoire-géographie à travers sa construction : un enchaînement de dates clefs, qu’ils auront oubliées bien vite.

C’est ainsi que débute le désamour des étudiants pour l’Europe. Désamour qui se perpétuera dans les études supérieures (pour ceux qui auront la « chance » d’entendre parler d’Europe plus tard) avec des matières peu concrètes, contribuant à rendre l’Europe lointaine, à l’image de ce qui est véhiculé au quotidien par les médias.

Triste constat mais quelles sont les solutions ?
La Consultation citoyenne sur l’Europe a eu, en ce qui nous concerne, un effet révélateur : beaucoup partagent notre avis, et cela devient un véritable problème à l’heure où plusieurs Etats optent pour un repli sur soi, et où certains rejettent les autres.

Voici notre plaidoyer pour l’Europe, pour que les prochaines générations y vivent en harmonie, et que l’histoire d’un désamour se transforme en, pourquoi pas, une historie d’amour.

Afin que l’Europe fasse partie de notre vie, en donner le goût à tous est essentiel !

Pour les plus jeunes par le biais d’activités ludiques de type puzzle de l’Europe, coloriages des vêtements traditionnels des européens…

Pour tous, il faudrait l’apprendre comme on apprend la France, par le biais d’une éducation de tous les instants et pas au travers d’un cours spécifique.

Pourquoi ne pas organiser des journées découvertes ? Développer les écoles européennes, comme nos voisins le font déjà ? Encourager les partenariats entre pays européens dans l’enseignement autour de projets qui nous concernent tous comme l’écologie, ou encore les parrainages ? Remettre au gout du jour les correspondances entre étudiants européens ? Dans l’enseignement supérieur, pourquoi ne pas mettre en place des modules-débat pour favoriser les échanges autour de l’Europe, plutôt que de subir un cours théorique dans un amphi ?

Il ne faut pas oublier nos aînés, qui se sont vus imposer une Europe qu’ils ne concevaient pas, qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils ne comprenaient pas, ou encore nos compatriotes qui devraient avoir l’opportunité d’entendre parler d’Europe pour mieux la comprendre, même s’ils ne poursuivent pas d’études supérieures. Eux aussi peuvent être sensibilisés, histoire que la pensée européenne ne soit pas l’idée d’une génération, d’une catégorie sociale ou professionnelle mais celle de tous !

 L’Europe fait tellement pour nous, rendons le lui !

 

 

 

Pour une gouvernance davantage centrée sur l’intérêt général de l’UE

Pour une gouvernance davantage centrée sur l’intérêt général de l’Union européenne

Cyril THAUMIAUD
Etudiant en Master 1 Droit des affaires et fiscalité – Prépa DJCE
Institut de droit et d’économie des affaires – Université Lyon 3

Constat

La gouvernance de l’Union européenne (UE) souffre d’importantes lacunes concernant les intérêts qu’elle défend : il s’agit bien plus d’une confrontation des intérêts individuels de chacun des Etats membres que d’une coopération en vue de promouvoir l’intérêt général de l’UE.

 Or, la somme des intérêts individuels n’est pas égale à l’intérêt général et les conséquences de cette gouvernance sont multiples. D’abord, elle conduit à un déséquilibre dans les intérêts défendus : ceux qui sont portés par les Etats les plus puissants sont largement mis en avant au détriment de ceux des autres. En outre, cette gouvernance affecte largement l’image qu’ont les citoyens européens de l’UE : beaucoup ont la sensation que les règles européennes ne procèdent pas d’un processus démocratique. En effet, même lorsque le processus démocratique est transparent, les députés européens semblent davantage défendre les intérêts des citoyens de leur propre pays que les intérêts des citoyens européens.

 Solutions

Il pourrait être pertinent de revoir comment le dialogue entre les représentants des différents Etats membres est organisé. Idéalement, ce processus devrait permettre une dissociation entre l’origine des représentants et les intérêts qu’ils défendent.

Ces représentants doivent, comme c’est le cas aujourd’hui, être issus des différents États membres pour qu’une certaine égalité de représentation soit respectée. En revanche, ces représentants ne devraient plus être les porte-paroles de leur propre pays mais devraient défendre l’intérêt général de l’UE et représenter l’ensemble de ses citoyens.

L’intérêt général de l’UE devrait davantage être mis en avant dans les processus décisionnels. Ainsi, il pourrait être intéressant de renforcer la démocratie dans la gouvernance notamment en renforçant le rôle du Parlement européen.

Enfin, il pourrait être intéressant de promouvoir les listes transnationales pour les élections européennes : cela permettrait de remettre l’intérêt de l’UE au cœur des débats du Parlement européen car les députés ne seraient plus élus sur des programmes nationaux mais communs à tous les Etats membres.

 

Initiative citoyenne européenne et déficit démocratique

Initiative citoyenne européenne et déficit démocratique
Chloé Favre
Etudiante en Master 1 Droit des Affaires et fiscalité – Prépa DJCE
Institut de droit et d’économie des affaires – Université Lyon 

L’initiative citoyenne européenne est un mécanisme intéressant qui pourrait compenser dans une certaine mesure le déficit démocratique déploré par de nombreux citoyens européens. Malheureusement, c’est un mécanisme très peu connu des citoyens. Il faudrait donc renforcer la communication autour de ce dispositif, notamment en milieu scolaire. Actuellement, une initiative citoyenne européenne ne peut au mieux qu’aboutir à une proposition de la Commission européenne, si celle-ci l’estime opportun. On pourrait dès lors envisager que les initiatives citoyennes européennes atteignent d’autres institutions ou qu’elles revêtent un caractère plus contraignant pour la Commission

La Commission a d’ailleurs estimé sur de nombreux sujets (initiative « Un de nous » et initiative « Stop vivisection » notamment) que l’Union européenne disposait déjà des outils juridiques suffisants en la matière, alors qu’elle aurait pu faire appel à des experts et à des professionnels pour dresser un état des lieux de la situation, et éventuellement établir un rapport afin que les citoyens puissent comprendre sa décision.

Il pourrait également être opportun de supprimer certaines lourdeurs logistiques et administratives dans la mise en place de ces initiatives. Par exemple, les frais engendrés par la traduction des initiatives citoyennes européennes dans les différentes langues européennes freinent leur diffusion. L’Union européenne pourrait donc envisager la création d’une subvention visant à amoindrir ces frais, et par là encouragerait ce type d’initiatives. On pourrait également envisager d’abaisser le seuil du nombre de soutiens, qui est actuellement de 1 000 000.